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  magazine international d'information et d'éducation culturelle

                                N° 10 - novembre 2014
 
                            http://levurelitteraire.com
 
 

 
 
Rédaction:
RODICA DRAGHINCESCU, France
 
 Traductions:
DEUTSCH:  JÖRG BECKEN, Berlin
ENGLISH:   HOWARD SCOTT, Montréal
 
 

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INTERVIEW (version francaise)

 

RD : – Suzy K, artiste, musicienne, chanteuse folk aux accents pop, parsemés de jazz, compositrice, femme de scène, trilingue, née en Allemagne, vous dites dans votre biographie : « J’ai débuté le chant à l’âge de 4 ans et j’ai poursuivi  mon parcours avec l’étude du chant et de la guitare classique. »

On peut remarquer avec  joie que votre enfance a été très joliment musicale. Comment et en quelle langue avez-vous choisi ce jeu sonore parmi d’autres jeux qui régalent les petits enfants?

 

SK : – Ma famille étant allemande, j’ai appris la langue allemande en premier. Mais j’ai été très tôt attirée par l’expression verbale et musicale dans toutes ses formes. J’adorais les chansons en Anglais qui passaient à la radio et je les imitais comme je pouvais en mourant d’envie de comprendre ce qu’elles racontaient. Je parlais et chantais beaucoup et des que je voyais un piano quelque part, je pouvais passer des heures devant à pianoter, chercher des mélodies et à chaque fois je suppliais mes parents d’en acheter un.

Un jour de noël – je devais avoir 5 ou 6 ans – j’ai trouvé une petite orgue « Bontempi » sous le sapin. Hi hi, je me rappelle encore bien de la superbe-méga « boîte à rythme » de 4 rythmes intégrés « waltz, rock, rumba, slow » qui sonnaient tout juste comme les fonds sonores criards des premiers jeux vidéo… Bon, O.K., ce n’était pas un piano, mais j’étais super heureuse et me suis beaucoup amusée avec. Enfant unique, je passais pas mal de temps seule dans ma chambre et rien ne m’amusait autant que les jeux sonores, les enregistrements sur cassette, les relevés et apprentissages des chansons que j’aimais.

A l’école élémentaire, j’apprenais le solfège et la flute à bec et ne laissais pas passer une occasion de participer aux spectacles scolaires. Ma tante m’emmenait des fois au théâtre et c’est ainsi que j’ai découvert les grands opéras, les concerts classiques, des spectacles de variétés. J’adorais l’atmosphère unique des salles de concert, ça m’impressionnait et me donnait « envie ». Je m’y sentais agréablement fébrile et vivante sans pouvoir expliquer le pourquoi et le comment de mon excitation; ce ressenti n’a d’ailleurs pas changé depuis et je ne saurai guère l’expliquer aujourd’hui. Une chose est certaine, ces premières rencontres avec le monde de la musique et du spectacle vivant ont été décisives pour moi et réclamaient des rappels, encore, encore….

Après m’avoir offert une pile de cassettes avec toutes les grandes œuvres de la musique classique -  des cassettes audio bien évidemment, on se trouve dans les années 70 (!) – cette même tante qui était également ma marraine, m’a offert une cassette des BEATLES et une de JOAN BAEZ, je devais avoir 7 ou 8 ans; ça a été le grand déclic… J’ai écouté les bandes en boucle, n’ai plus quitté mon dictionnaire d’Anglais et j’ai commencé à me bricoler des guitares avec tout ce que je trouvais dans la maison. Puis, ce fut mon grand-père ayant cerné et suivi ma passion désespérée pour la musique, qui m’a offert ma première guitare, mon premier « vrai » instrument de musique; j’avais 9 ans. Quel bonheur… J’ai commencé à prendre des cours de guitare classique au conservatoire et à apprendre mes folk songs seule dans ma chambre; puis est arrivée la première composition, le premier groupe, le premier concert….

Pour revenir au trilinguisme, la pratique de l’Anglais est venue plus tard dans mon adolescence avec des rencontres anglophones, puis au début des années 90, ma vie a basculée complètement vers la France. Mais, bien que je parle Français tous les jours, la langue Anglaise, sa sonorité, sa musicalité restera inséparablement liée aux musiques et aux artistes que j’aime….

 

RD : – Très vite vous avez relevé et interprété les titres de vos nombreuses  idoles anglophones et vous êtes tombée amoureuse du répertoire folk, pop et rock des années 70. La musique « pop » est liée au mysticisme, les musiciens étaient liés par un fil magique au cosmos et aux osmoses de la nature humaine, les chanteurs devenaient des porteurs de messages, des messagers de la paix et de l’amour : «  et le jour viendra, lorsque vous comprendrez que nous ne faisons tous qu’un  et que la vie s’écoule en vous, en dehors de vous » chantent les Beatles – Sgt. Pepper).

La musique des années 70 a produit un mouvement  « contre-culture », avec Santana, Nash and Young, The Doors, The Byrds, The Who, Jimi Hendrix, Led Zeppelin et pas dernièrement Janis Joplin. Cette période nous a donné aussi, Joan Baez, Bob Dylan, Peter Seeger, auteurs-poètes, à l’horizon trouble, qui ont marqué les artistes et créateurs des époques précédentes. Y aurait-il des échos, des influences,  dans vos chansons de cette culture musicale qui vous a bercée l’enfance ?

 

SK : – Bien sûr que oui, je pense que cela est absolument inévitable, heureusement!
Comme Vous dites si bien, il reste bien des « échos » du temps passé. Nous sommes tous le produit de notre passé, de notre vécu, de nos choix et de nos affinités. « On est ce qu’on mange » et ca ne se limite pas à l’alimentation du corps. Tout ce que nous nous faisons entrer en nous au fil de notre vie par la bouche, les yeux, les oreilles, par tous les sens, nous transforme, laisse des traces et conditionne notre parcours et notre avenir. Et ca ne sert à rien de vouloir renier son passé ou ses racines..

Il est vrai que, déjà petite, les chanteurs/chanteuses dites « engagés » m’ont toujours plus impressionné que les starlettes glamours style Ken & Barbie qu’on voyait également dans les médias des années 70. La guerre par exemple était pour moi un grand sujet étant petite; mes grands-parents m’en parlaient souvent, j’ai compris qu’ils en ont beaucoup souffert et je voyais bien, que la violence était toujours présente. A la télé on parlait des assassinats de la RAF qui semait sa terreur en Allemagne à cette époque. Et c’était Joan Baez qui me consolait… et plein d’autres encore, d’ailleurs Vous en avez cité la plupart! Ce sont ceux dont la profondeur dans l’émotion d’une histoire chantée qui me donnaient les frissons. Si je voulais à tout prix apprendre l’Anglais très jeune, c’est que cette langue était pour moi comme une clé magique, capable de m’ouvrir la porte mystérieuse vers un autre monde qui m’interpelait tant, qui avait tant d’histoires à me raconter et tant de messages à livrer. Je me rappelle encore aujourd’hui des images, des paysages tout entiers que des chansons comme « The Fool On The Hill » (BEATLES), « Boat On The River » (STYX), « Dust In The Wind » (KANSAS) « Where have all the flowers gone » (J.BAEZ) ont dessiné dans ma petite tête. C’était comme un monde parallèle dans lequel il était bon de pouvoir se réfugier pour se sentir moins seule.

Puis avec les tiraillements de la puberté, les guitares saturées et le rock sont arrivés dans ma chambre d’enfant. Led Zeppelin, Deep Purple, Yes, Janis Joplin, Thin Lizzy, Jimi Hendrix, Joan Jett & The Blackhearts … avec eux est né mon amour pour le rock qui m’a aiguillée pendant une dizaine d’années dans mon parcours musical avant de vouloir me consacrer à nouveau plus à la chanson acoustique et intimiste; ma grande déesse de cette époque: Tori Amos, très belle artiste, entière, sincère, magnifique pianiste et compositrice, pour laquelle j’ai un dévouement infini.

Mais aussi Carole King, Rickie Lee Jones, Joni Mitchell, Alanis Morissette, Noa et plein d’autres chanteuses (Writers!) m’ont accompagnés et m’accompagnent toujours.

Finalement, les styles de musique, les « genres », les inspirations se sont succédés, se succèdent naturellement dans la vie de chaque musicien je crois. Assez tard est arrivé le jazz dans la mienne et encore une fois, je suis tombée amoureuse d’un son, de la beauté des paroles et de la mélodie de certains vieux thèmes, le background plus que difficile des musiciens noirs et des femmes à cette époque et de la densité des messages cachés. Billie, Ella, des reines… Pour moi la musique se doit d’être sincère, honnête, authentique et pas vide de sens; que ce soit pop, rock, folk, jazz, il faut qu’il y ait du cœur et de la générosité, de l’émotion, il faut que ce soit « vrai » tout simplement.


Je n’ai aucune idée à quel moment dans lequel de mes titres on pourrait entendre une telle ou une autre influence.
Au moment de la création, j’ai juste essayé d’être au plus proche de mon sujet, du message, de l’émotion que je voulais faire passer et j’ai laissé venir la musique à moi. Par contre, c’est très passionnant et des fois très surprenant aussi d’apprendre les associations des gens qui écoutent la chanson après …

 

RD: – On dit que les musiciens, comme les poètes ne souffrent presque jamais d’une crise d’inspiration… D’où vient votre inspiration, Suzy ? D’une certaine mélancolie ? D’un sentiment de profonde colère ? De l’amour ? De nos malheurs économiques ? Du besoin de chanter tout simplement ?

 

SK :- Ah bon, on dit ça ?

 

RD : – Symboliquement, ils sont enveloppés, en permanence, d’un état poétique, d’une sorte d’état de « grâce », bref, d’une musique intérieure, qui les protège, qui les rend à tout moment « à même de… ».

 

SK : – Je suis étonnée. Je ne connais pas beaucoup d’artistes qui n’ont jamais craint ou même souffert d’une crise de manque d’inspiration. Pour moi c’est comme un grand monstre noir caché dans le coin d’une pièce qui par moment apparaît et m’inhibe totalement à la création. Mais je commence à accepter sa présence, ces moments vides, ces phases creuses. Ce sont des cycles naturels entre ce « ce qui entre » et « ce qui sort ». On mange, on avale, on digère, on libère. Et entre une inspiration artistique et son expiration peuvent se passer plein de choses et beaucoup de temps.

Une chanson s’annonce, se fait capturer et « matérialiser » plus ou moins facilement et puis elle s’écrit, elle sort, elle existe. Mais pourquoi elle vient, d’où elle vient et quand, combien de temps elle demande pour se « matérialiser »… qui peut le dire? Peut-être ce sont certains états d’âme et d’ouvertures d’esprit qui l’appellent et la captent au bon moment sur la bonne fréquence… mystère auquel je ne saurai répondre.


Une chose est certaine ca fait du bien! Exprimer un sentiment en le vivant à fond dans une chanson est un plaisir, une délivrance pour celui qui la joue et – au mieux – aussi pour celui qui l’écoute. Ça peut être de la colère, de l’amour, toutes les couleurs de la palette de nos états d’âme se chantent, se jouent et s’expriment. Bizarrement, on écrit plus facilement quand on a le blues que lorsqu’on est heureux… beaucoup de songwriters le disent; c’est d’ailleurs le sujet de ma chanson « When Everything Is Fine ».

Pourquoi a-t-on plus de mal à écrire une chanson dans le bonheur et pourquoi nous nous rendons compte vraiment ce qui nous est proche et précieux seulement quand la distance se creuse, la perte s’annonce, le deuil s’impose…

 

RD : – Dans vos chansons, vous interrogez-vous sur ce que le monde a besoin d’écouter ?

 

SK : – Certainement. Il y a encore une autre chanson sur mon album qui parle du processus de l’écriture; dans « One More Song » je (me) pose la question, si ce monde a vraiment besoin encore d’une chanson pour s’en sortir, pour aller mieux et j’arrive à la conclusion que toute chanson, même si elle n’existe que pour plaire, soulager, consoler une, deux, trois personnes en les  mettant en rapport avec leurs sentiments profonds, vaut le coup d’exister.

 

RD : – Suzy, est-ce que la musique est une affaire d’homme ? Être femme et chanter, c’est simple ou compliqué, pour se frayer un large chemin musical ?

 

SK : – Le business de la musique a été long temps une affaire d’hommes c’est vrai, et l’est encore un peu de trop à mon avis. Idem pour la plupart des postes à responsabilités dans le music business et dans le domaine culturel.
Mais dans la musique, dans l’art en général, on le sait, on ne peut se passer ni des femmes, ni des hommes.
C’est évident, il faut les deux pour faire un tout.
Contrairement aux mondes du music business, je ne me suis jamais senti incomprise dans le monde des artistes.

 

RD : – Pas de différences… ?

 

SK- : Homme ou femme, si on aime l’expression artistique, il n’y a pas de différence de sexe; si on fait bien son travail et si on respecte le travail des autres, on a sa place. Je connais d’ailleurs plein d’artistes femmes et aussi des techniciennes de plateau, des régisseuses, des caméra women, elles travaillent dans un monde d’hommes mais sont complètement intégrées.
Il est clair qu’il faut aimer travailler avec les hommes et peut-être, une petite dose de « masculinité » ne fait pas de mal dans ce métier. En tous cas, je n’ai jamais eu l’impression de ne PAS pouvoir faire quelque chose PARCEQUE je suis une femme.

 

RD : Il y a peut-être des difficultés inhérentes…

 

SK : – Il y a peut-être une difficulté que les hommes n’ont pas – et cela est pareil pour tout autre métier – devenir parent demande et demandera toujours (on a beau s’émanciper) une plus grande disponibilité physique et mentale à la femme.
Faire de la scène le soir, la nuit, les weekends, pendant les vacances … difficile à combiner avec une vie de famille sereine. Faut faire un choix que les collègues masculins n’ont peut-être pas à faire de la même façon, mais comme dit, c’est valable pour plein d’autres métiers.

 

RD : – Les femmes ont su imposer leur énergie débordante dans la musique du monde. Les ladies rock, pop ou punk ont émancipé, libéré et bouleversé les goûts musicaux des femmes. N’oublions pas : Janis Joplin, emblème de la génération hippie, ensuite avec une voix plus blues, Patti Smith qui remue dans le creuset de ses créations, la poésie Beat avec le garage rock. Elle est considérée comme la marraine du mouvement punk.

La britannique Marianne Faithfull, avec ses tradi songs, a même collaboré avec les Stones, qui ont écrit pour elle As Tears Go By.

La belle américaine Deborah Harry qui a fondé, dans un style plus disco, le groupe Blondie. Dans notre Europe, la Galloise à la voix rocailleuse, Bonnie Tyler enchantera des générations entières dans les années 80…, Annie Lennox, et l’éclectique, idiosyncratique britannique Kate Bush, récemment revenue sur scène.

Autre figure plus underground, la brune Siouxsie à l’allure d’un triste androgyne, cofonde les groupes rock alternatifs Siouxie and the Banchees et The Creatures. Son influence touchera les groupes The Cure, Massive Attack, Garbage… L’irlandaise Sinéad O’Connor se révèle au public entre le rock alternatif et le pop. L’islandaise révolutionnaire Björk monte sur la grande scène, avec du pop-underground, pop-expérimental, jazz-électro-pop.

L’étonnante chanteuse et actrice allemande Nina Hagen s’impose sur la scène punk et new wave, dans la même période.

Qu’on se rappelle aussi Sheryl Crow, rockeuse qui se berce entre blues et folk, et la sensuelle Nigérienne, naturalisée Britannique, Sade, tout aussi bien le groupe américain The Breeders presque exclusivement composé de filles, la Canadienne Alanis Morisette à qui, si vous me permettez de le dire, vous ressemblez de plusieurs points de vue, la française Catherine Ringer et les Rita Mitsouko, la grande Sophie, Mademoiselle K etc, etc.

Et le fil pourrait mener très, très loin… Suzy, dites-moi, s’il vous plaît, comment peut-on encore au XXI-e siècle trouver sa voix et sa place de musicien, après de telles tempêtes musicales ? Est-ce qu’on peut travailler encore à l’aide de la clé sol, le sol des solfèges, pour cultiver de nouvelles hauteurs, durée, degrés, fréquences, échelles, gammes ?

 

SK : – Un peu de philo pour répondre: Nous sommes tous uniques!

 

RD : – Ah…, vraiment ?

 

SK : – Même des jumeaux ne sont pas à 100% identiques, la nature semble vraiment le vouloir ainsi.
Des milliards de flocons de neige se posent sur la terre et pourtant, chaque petit cristal est différent, unique dans sa construction. La matière de base, elle est la même pour tous: H2O.
Il est en effet incroyable ce qu’on peut faire avec les 12 notes d’une gamme, tous ces milliards de chansons qui ont déjà été « composées » de milliards de façon différentes, chantées par des plus belles voix, des plus belles femmes…

C’est sûr, si on considère la musique comme le grand prix des inventions, on doit en effet désespérer…

Mais il n’est pas question de vouloir inventer ou de se réinventer, mais d’assumer au mieux ce qu’on est et ce qu’on ressent! C’est juste là qu’on peut être vraiment « unique », lorsqu’on s’exprime honnêtement.

Et cette envie de s’exprimer est et restera une nécessité intérieur et primeur pour l’humain.

Tant qu’il y aura des humains, il y aura de la musique, il y aura cette nécessité d’un jeu d’expression physique et mentale, ludique, et sonore. Et c’est bien parce que c’est une nécessité primaire pour l’homme qui lui fait du bien, que la musique continuera d’exister. Tout comme d’autres plaisirs du corps et de l’âme sans lesquels l’humanité n’existerait déjà plus depuis longtemps…

 

RD : – Vous chantez en plusieurs langues. Est-ce qu’une langue peut apporter le succès d’une chanson, d’un chanteur ?

 

SK : – J’aimerais vous répondre que j’ai plutôt l’impression qu’une langue peut freiner le succès d’un chanteur selon l’endroit où il se trouve. Chanter presque exclusivement en anglais en France n’a certainement pas facilité mon parcours et a plus souvent fermé des portes que le contraire, surtout dans le monde du business et des médias.

 

RD : – Je peux m’imaginer cela…, je l’ai senti sur ma propre peau, peau de poète…

 

SK : – Cette restriction venant d’abord surtout de la part des Français, vient maintenant aussi de la part des Allemands, fiers (à juste titre!) de leur nouvelle vague de musique germanophone. Mais cela ne m’affecte pas, je ne changerai pas mon fusil d’épaule pour autant. Si un jour, une chanson me vient en français ou en allemand et je me sens bien avec elle, soit, O.K., mais je ne me forcerais pas pour satisfaire une mode ou une tendance.
Jusqu’à présent, je ne me suis jamais sentie bien en chantant en français ou en allemand – pour moi, il n’y a pas la même intensité, le même plaisir, le même jeu sonore, la même histoire d’amour, le même vécu…

D’un autre côté c’est effectivement très dommage si le contenu de mes paroles n’arrive pas directement chez l’auditeur et c’est aussi pour cette raison que le Digipack de mon album est accompagné d’un livret de 24 pages dans lequel figurent les paroles anglaises ainsi que leurs traductions françaises et allemandes.

Mais au fond, pour être franche, je trouve vraiment extrêmement regrettable de vivre en Europe et de ressentir une telle restriction linguistique… Nous avons l’immense chance de pouvoir changer de pays, de culture, de langue quasiment tous les 1000 km, nous parlons d’un Europe économique et sommes pourtant incapables de créer une Europe culturelle, incapables de dialoguer avec nos voisins tout simplement.

 

RD : – Comment il est votre public ? Qu’attend-il de vous ?

 

SK : – Franchement? Je ne sais pas vraiment quoi Vous répondre …

 

RD : – Parlez-nous des gens qui vous écoutent et qui vous soutiennent, puisqu’ils aiment votre voix…

 

SK : –   »Mon » public, je ne peux pas vraiment le cerner… il y a des jeunes, des vieux, des anciens, des nouveaux, des proches, des inconnus, des femmes, des hommes, des enfants, des amateurs de musique acoustiques, de blues, de folk, de jazz, un peu mélancoliques peut-être, sensibles surement…

 

RD : – Qu’attendez-vous  d’eux ?

 

SK : – Je m’applique à ne rien attendre de personne – ce qui n’est pas facile – mais j’essaie.
Ce qui ne m’empêche pas d’être très heureuse et reconnaissante de chaque feedback qui me parvient, chaque réaction m’intéresse beaucoup. Je parlais avec un ami musicien l’autre jour, de la question de la « reconnaissance » et du « feedback » et il me disait « Quand on joue pour des gens, c’est un cadeau qu’on leur offre. C’est normal qu’on veuille savoir s’il a fait plaisir ou non. »

 

RD : – Vous avez enregistré récemment un nouvel album, Heavy Things & Peaceful Waters, dont on dit du bien. Dites-nous, s’il vous plaît, quelque chose sur le laboratoire artistique où sont venues au monde ces belles compositions et surtout, éclairez-nous un peu sur  la signification du titre.

 

SK : – Je commence par le titre qui est d’ailleurs aussi le titre de la première chanson de l’album. Au départ de son écriture était l’image d’une pierre qui tombe dans l’eau, dans une eau tranquille, cassant son beau miroir, la perturbant, la troublant pour un petit moment avant de se poser au fond, dans l’obscurité pour y rester. Tandis qu’au-dessus de la pierre, la surface de l’eau se lisse à nouveau et tout semble être tranquille, comme avant, quelque chose de très profond a pourtant « fondamentalement » changé…

Pour moi, ce phénomène « réfléchit » très bien ce qui se passe en nous dans notre fort intérieur, dans notre eau sentimentale, dans nos « vagues à l’âme » qui opèrent dans l’obscurité totale et profonde et qui sont si souvent cachées par l’image superficielle que nous donnons de nous et qui malheureusement n’est souvent qu’un miroir du monde extérieure et non pas de notre être véritable.

Je vis près de l’eau et cherche toujours sa proximité. Que ce soit des rivières, des étangs, la mer, j’aime le mystère de l’eau et de ce qui se cache sous sa surface, sa douceur, ses bruits, sa force quand elle se déchaîne.

En partant de ces éléments et de mon environnement naturel, de mon jardin au bord de la Sarre, un autre fil conducteur s’est glissé « naturellement » dans le tableau: le changement.

 

 RD : – Les métamorphoses…, comme aurait proposé le poète latin Ovide.

 

SK : – Les changements cycliques et perpétuels de la vie, les saisons qui passent (PEACH TREE), le temps qui change et qui nous change (WILD HORSE, WHO’S WRONG), le vécu des choses lourdes, sombres et pénibles (COFFIN DRUMMIN’, TACKY OLD MAN), le va et vient des âmes sur terre (RING RANG RUNG), puis des moments paisibles (SIT DOWN AND WAIT), lumineux et légers (RIGHT INTO MY EYES).

 

RD : – Et le cheminement de votre CD, ses étapes créatrices ?

 

SK : – Quant au laboratoire du CD, j’avais d’abord arrangé seule mes morceaux et je les ai maquettés sur ordinateur.
Je me suis enfermée plusieurs semaines dans ma pièce à musique et j’ai cherché des lignes de basse, des patterns de batterie et de percussions, des lignes de flûtes, de cordes, j’ai enregistré des bruitages, ajoutés des voix de chœurs et puis je suis allé voir mon ami Jean-Pascal Boffo, guitariste, compositeur et ingénieur du son du Studio Amper à Clouange,  pour avoir son avis.

 

RD : – Ah, l’extraordinaire Jean-Pascal Boffo.  

 

SK : – Il connaissait mes morceaux en version guitare/chant car il m’avait déjà sonorisé auparavant pour des concerts solos et on se connaît (déjà) depuis une vingtaine d’années. Quand il a entendu mes maquettes, il m’a proposé de suite une collaboration pour la production d’un album et m’a mis en relation avec plein de musiciens qu’il voyait bien dans ce contexte musical. Mes arrangements de cordes par exemple ont été complètement revisités par Romain Frati, un musicien/compositeur de Metz se trouvant actuellement à Montréal.

Nous avons communiqué et travaillé via internet sur les arrangements de trois chansons et il a fait un travail remarquable. Il y a d’autres musiciens que Jean-Pascal m’a conseillé, comme Hervé Rouyer (batterie) ou Sarah Tanguy (violoncelle) et pour certains d’entre eux, j’ai fait leur connaissance au studio seulement le jour de l’enregistrement; comme par exemple avec Laurent Payfert (contrebasse),  Pierre Cocq-Amann (saxophones/flûtes), Romain Bour (basse électrique) et Marie Charlotte Bruere (violon/violon alto).

La magie a opéré de suite et aujourd’hui, Laurent et Pierre par exemple font aussi partie de ma formule live. Il y a aussi quelque amis musiciens proches qui ont participé à l’enregistrement comme David Metzner (batterie/percussions et également membre du groupe live), ou  Joe Nicolaus (pianiste d’un projet commun antérieur) et aussi mon mari Marc Loescher (guitariste de Suzy & Les Castors).

Chacun a trouvé sa place et le morceau qui lui correspond et malgré la multitude des instrumentistes, l’album reste homogène dans la mesure ou aucune de mes compositions n’a été réellement transformée mais interprétée avec soin et « feeling » par des musiciens expérimentés, talentueux et adorables!
Jean-Pascal a joué les parties de guitare acoustique et tenu les manettes de la console durant toute la production.
Nous avons collaboré très harmonieusement tout au long des prises et du mixage et avons confié le travail du mastering en mai 2014 à Raphael Jonin (Paris).

 

RD : – Et la chronologie de l’aventure ?

 

SK : – En ce qui concerne la chronologie de l’aventure, les séances d’enregistrement ont débuté avec les pistes témoins en septembre 2013 avec Manu D’Andréa à la console pour les prises de Jean-Pascal. Les mois suivants, nous avons calé les autres séances par ci par là et en février 2014, l’album ayant très bien avancé, j’ai lancé un appel à la souscription par la plateforme KISSKISSBANKBANK. J’ai réussi à collecter un budget de 4.650,-€ et j’ai reçu le soutien précieux de la part de DM Productions/MAYA Records pour finaliser la production et le pressage de l’album.

Fred Kempf (FK Webdesign) s’est occupé de la réalisation visuelle du Digipack et du livret avec beaucoup de goût et de finesse, MUSEA Records a embarqué dans notre navire musical pour la distribution, et finalement l’album est sorti comme prévu au mois de juin 2014, suivi par des concerts en quintette avec Jean-Pascal, Laurent, Pierre et David.

(...)


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Date de dernière mise à jour : 07/02/2015